En France : Des graines qui font boom

Véronique Roger est paysagiste et plasticienne. Voici un texte qu’elle nous a envoyé, et des photos concernant son dernier projet, à Lyon.

"Les matériaux naturels sont présents tout autour de nous mais, dans la ville, ils apparaissent comme inertes parce qu’ils sont séparés. Les graines arrivées jusque là ne touchent pas la terre qui est en dessous d’une couche de bitume imperméable et l’eau sur le sol s’écoule directement dans le réseau.

L’image visuelle de bâtons de dynamite, prêts à exploser, fabriqués à partir de balayures urbaines, de graines et de terre, évoque le dynamisme intrinsèque des sols urbains, le potentiel d’explosion végétale, maintenu sous le couvercle des couches dures. Les dynamites ici ont raccourci le temps que ces éléments mettent à se réunir. Les graines ont la matière organique nécessaire pour germer, elles attendront seulement la prochaine pluie.

Cette installation encourage le processus végétal implacable de reconquête de la nature sur la ville, voire accélère son processus. Les graines voyagent et dans les caniveaux, on peut faire l’inventaire de ces graines en dormance, prêtes à fleurir si on les laissait s’installer.

Le public devient le vecteur de dispersion pour herboriser la ville. Son action entamera une dynamique végétale dans le quartier. L’état de départ est un parterre de 400 bâtons de dymanites. Il pourra emporter un bâton de terre durcie contenant des graines dans sa poche et l’installer dans un endroit favorable à dynamiter. (Sous réserve de participer selon les règles du jeu : inscrire sur le plan contenu où sera placer le bâton de dynamite et éventuellement s’engager à faire un suivi photographique de la végétation installée).

Herborisons la ville...

Depuis de nombreuses années, j’ai récolté des graines de plantes sauvages ou horticoles, dans la ville ou dans la campagne, pour les jeter dans des parterres de fleurs, en espérant que les jardiniers repèrent les jeunes plantules et les laissent grandir parmi celles qu’il aura planté. J’ai vite remarqué que je n’étais pas seule à jardiner clandestinement.

Certains le font volontairement, d’autres participent au mouvement en laissant tomber une tranche de tomate de leur sandwich. Si le contexte est favorable, il sera possible de voir un pied de tomate dans une fissure non loin de là. Tout à coup, l’observation de ce mini-jardin inattendu égaie les aller-retour quotidiens sur le bitume, et l’on redécouvre la plus banale des mauvaises herbes comme si c’était une plante rare à préserver.

Ce travail poursuit ma démarche de recherche sur l’environnement social par le paysage, impliquant les habitants/spectateurs au processus de l’œuvre. Le quartier est un repère identitaire de la ville et l’ambiance qui y règne découle du comportement de ses habitants, ici des jardiniers en herbe. Bientôt ça et là, ils reconnaîtront ce qu’ils auront essaimé, fabricant un nouveau paysage quotidien. Ce geste questionne la place de la plante en ville et celle de l’homme dans la nature urbanisée qu’il souhaiterait un peu plus sauvage."

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